Calypso Mangoes...
Ici Kangouroad Again en direct. Prise de parole, prise des choses en mains… Mes deux chers hôtes trainent un peu la patte ces derniers temps, ce qui me vaut d’être quelque peu délaissé. Aussi, je viens à vous tenter de combler le retard qui m’a été infligé…
Voici donc quelques trois semaines que nos deux baroudeurs du dimanche ont posé un pied à Darwin, qui plus est sans vous le faire savoir, et voici presque 3jours que leur périple à l’extrême pointe du Northern Territory s’est achevé… Si mes calculs sont exacts, voilà donc exactement 3semaines et 3jours qui ne vous ont été contés, faute de temps, d’inspiration, de fatigue. Fort heureusement, Kangouroad Again est là, pour sauver le « récit du périple à dos de kangourou » de la dérive.
Retour en arrière. Nous sommes début Novembre.
Après les trésors cachés du Kakadu, nos protagonistes ont finalement atteint le bout du bout du pays d’Oz et la capitale du Northern Territory. Affaiblis par le long voyage qu’ils venaient d’accomplir depuis le fin fond du désert, leur premier souhait fut de trouver un endroit calme et frais enfin de retrouver un peu de force, et de vraies commodités. Ils trouvèrent refuge dans une petite auberge, quelque peu excentrée du centre ville darwinien, mais qui satisfaisait pleinement leurs exigences (palmiers, BBQ, piscine, SPA… et clim…). De quoi se refaire une vraie santé. Le trio de choc prévoyait donc de s’octroyer quelques jours de farniente au cœur de ce nouvel oasis.
L’heure de la vidange avait sonné pour la Magna, les 10 000km du compteur ayant été parcourus, une petite vérification des tuyauteries semblait de bonne augure… Voyant ces compagnons profiter pleinement de leur nouveau domicile (et probablement fortement jalouse de ce nouveau rival), la Magna décréta qu’elle méritait bien, elle aussi, de se faire un peu dorloter après ce long voyage…
Va pour du bichonnage… De retour chez le garagiste, nous ressortons bredouilles, une facture bien salée en poche… En bonus une ribambelle de points noirs et de pièces à changer urgemment pour « sécuriser le véhicule », que le garagiste déconseille de conduire en l’état actuel. La première vidange s’apparente donc à une rénovation de la bête : changements des disques et des plaquettes de freins, changement des pneus arrière (deux mois après avoir changés ceux de l’avant…)… Bref, de quoi faire chuter le compte en banque librement, et ce, en laissant de coté les réparations pas trop urgentes, cela va sans dire…
Peu rassurés au volant de leur fidèle compagnon de route, la décision fut rapidement prise de changer les disques et les plaquettes de freins ; elle fut aussi accompagnée de la décision « trouver un boulot rapidement, qui paye bien, aux alentours de Darwin ». A nouveau plusieurs exigences. Surtout qu’à ce même moment entrèrent en scène, dans l’auberge, trois français également à la recherche d’un travail, et d’un Van. On avait un d’avance, ils n’avaient pas de voiture. Mais eux ne baragouinaient pas l’anglais, ils le parlaient… Aie, des rivaux potentiels pour trouver du boulot !
Fort heureusement, une annonce tombée de nulle part a rapidement permis à tous les cinq de trouver un job, et au même endroit. La mission était simple, trier et packager des mangues. L’autorité, bien présente, émanait de deux descendants mafieux. Autant dire que ça filait droit. Un « hébergement » nous fut proposé, en l’échange d’une quinzaine de dollars par tête et par nuit. Proposition acceptée, quitte à travailler comme des chiens et en pleine chaleur, autant dormir dans des vrais lits…
Le boss nous épargna le premier après midi de travail, rdv le lendemain à 6h45 pour la folle aventure. Pour le moment, direction l’ « accomodation »,. Quelle ne fut pas notre stupeur en arrivant sur les lieux… Un immense hangar en guise de cuisine, infesté de mouches qui grouillaient en tous sens au milieu de nourritures et de vaisselles sales abandonnées au petit déjeuner par les travailleurs acharnés… De quoi avoir un avant gout suffisant du rythme hebdomadaire chez OPAK (la fameuse usine). De quoi sentir que le temps libre s’annonce cher à payer. Les dortoirs, installés dans des containers climatisés, disposent de clim… et sont blindés d’humidité… (Ce qui nous vaudra le privilège de nous réveiller dans des draps humides, et d’enfiler des affaires presque mouillées à chaque réveil. Un vrai bonheur. )
Mardi - 5h45, le réveil sonne… Ah cette bonne vieille alarme qui n’avait pas crié depuis le jour du départ pour Sydney ! Cette fois il faut se lever… pour aller à l’usine. Un gout amer… mais c’est le jeu. Bienvenue chez OPAK, le leader de la mangue, où l’on attend des « packers » : rapidité, dédoublement, réactivité maximale, force, capacité à passer sa journée debout avec le minimum de repos, capacité à endosser la carcasse d’un robot… De l’efficacité pour du travail à la chaine productif, en bref.
Les journées vont filer pendant une semaine avec une vitesse et une lourdeur qui ne se mesurera qu’à l’intensité du mal de dos, mal de pieds, doigts crispés au réveil à force de porter des cartons… et cerveau lobotomisé.
6h45 - 21h, 3pauses par jour… 21h sonne l’heure de libération, à laquelle il faut penser « courses, bouffe pour demain midi et demain soir, surtout ne pas oublier les barres de céréales pour se booster aux pauses et les mille bouteilles de flotte congelée pour pouvoir tenir la journée,… ». De quoi bien laisser filer son temps libre entre les doigts. Puis c’est l’heure de se coucher, vite… sinon demain on ne va pas entendre le réveil. La nuit tombe, le sommeil nous emporte… puis c’est des cagettes de mangues par milliers que nous apporte le marchand de sable, comme si on n’en avait pas assez bouffé toute la journée ! Réveil en pleine nuit parce que « la pause » est finie alors vite il faut retourner à son poste… Hum, les nuits dans les containers furent d’un grand calme, n’en doutez pas.
Au 8e jour, le mal de dos ne procure plus de douleur, on ne sent plus ses pieds mais c’est normal, la douleur est remplacée par les démangeaisons des piqures (effet varicelle, encore merci à vous amis stoucmis), la cervelle est ramollie C’est bon, on est devenu des bons robots comme il fallait ! Finalement, les muscles se sont habitués, on pourrait presque tenir encore un peu… Surtout pour la paye mirobolante avoisinant les 200 dollars par jour (pas mal pour un travail de bagnards)…
Mais 100h de travail en 8j, ca rassemble un peu à de l’acharnement, c’est ce qu’on ferait en France en 2semaines et demi, soit dit en passant… Alors tout compte fait, c’est pas plus mal qu’on arrête…
Et qu’on retourne dans notre merveilleuse petite auberge, au bord de l’eau… Retour en terre connue la semaine passée. Quelques jours de repos, quelques réparations sur la voiture, puis c’est le départ de Darwin… Cette fois pour de bon. Cette fois encore, en laissant planer au dessus de nos têtes un plafond noirâtre qui ne cesse de grogner… La wet season est bien là, il est à nouveau temps de partir vers le soleil…
PS : Nouvelles photos dans l'album Darwin environs.