West Coast Jewel
Voilà 10 jours que nous avons quitté Broome et son bon vivre. La route que nous avons longé en direction du Sud fut bien monotone et fade… ( Il faut bien parfois un peu modérer nos propos quant à la beauté de ce pays).
Mis à part un paysage plat et une végétation rase et sèche, nous avons guère imprimé d’autres souvenirs que les énormes mines de fer qui décorent en bonne partie la région de Port Hedland et de Karratha. Nous avons donc passé quelques heures (réflexion faite, disons plutôt quelques jours) dans notre automobile pour fuir au plus vite ce désert globalement dépourvu d’intérêt.
Vous l’aurez souligné, la Western Australia est une terre pleine de contrastes, abritant des trésors indescriptibles auxquels succèdent parfois des erreurs grossières de la nature, et de l’homme.
Fort heureusement, quelques 1 500km au Sud Ouest de Broome, nous avons retrouvé un bout de paradis, où la terre rouge et le sable blanc mènent une cohabitation bien harmonieuse sous le nom de North West Cape.
Le récif corallien que renferme la frange Ouest de l’Australie n’a, certes, pas l’immensité de son homologue de l’Est… Mais il n’a que peu de choses à lui envier, à notre grande surprise. Les kilomètres de corail qui constituent la Grande Barrière de Corail sont ici redessinés au travers de plages de sable blanc et d’eau turquoise. Le Ningaloo Reef, au cœur du Ningaloo National Park, est bordé d’un coté par l’Océan Indien et de l’autre par l’immense Charles Knife Canyon, pratiquement asséché mais vertigineux comme il se doit.
Une fois arrivés sur place, l’acquisition d’un masque et d’un tuba (qui nous faisait jusqu’ici défaut), ainsi que d’une poche imperméable pour l’appareil-photo, relevait du bon sens. Parés pour la grande aventure aquatique, nous n’avons que quelques brasses à faire pour atteindre le récif… la majeure partie est à moins de 50m du rivage… Nous sommes comme deux enfants qui s’apprêtent à ouvrir leurs cadeaux de Noël.
Ici, pas besoin de Tours Operators et encore moins d’embarquer à bord de bateaux bondés… un bon écran total et quelques rudiments de natations suffisent pour barboter au milieu des coraux.
Trois jours durant, nous nous sommes laissés portés par les courants pour batifoler parmi les innombrables créatures sous marines. Bercés par des flots d’un bleu turquoise presque irréel, seule l’hypothermie pouvait nous arracher à cette contemplation. Les tortues, les raies et même un bébé requin de récifs (d’une cinquantaine de centimètres) étaient tous au rendez-vous.
Il n’existe pas assez de mots (ou peut être est-ce notre vocabulaire qui n’est pas assez étoffé), pour décrire ce que nous avons ressenti, en nageant avec une tortue de mer durant une bonne demi heure. La grâce avec laquelle cette dernière se soustrayait à nos étreintes, sans pour autant s’en offusquer outre mesure, avait quelque chose de presque magique. Une sensation de liberté, un sentiment d’éternité… le temps d’une rencontre inoubliable.
En raison d’une période inadéquate, nous ne verrons pas de requins baleines (qui sont un peu les stars locales)… Un cycle en chassant un autre, l’heure est à la pondaison des tortues marines. C’est donc à la tombée de la nuit, galopant sur la pointe des pieds, que nous arpentons la plage déserte. Le soleil se cache de plus en plus, toujours rien à l’horizon… pas un bec qui ne sorte de l’eau…
Mais là bas, un léger bruit, un trou qui se creuse, du sable qui vole… Tiens ?! Rampant à moitié sur le sable pour ne pas être vus et pour ne pas déranger le rituel, nous approchons sans bruit, les yeux presque sortant des orbites. C’est bien une future maman (et bien en chair, qui plus est) qui nous fait l’honneur de sa présence. Perchés sur nos butes, nous savourons le spectacle… bien que le trou n’avance pas vite, et que la compère semble s’épuiser à chaque mouvement…
Le temps de quelques clichés supplémentaires et nous laissons la nature reprendre ses droits. Il est temps pour nous de quitter ce paradis et de s’endormir sur les souvenirs de ces instants uniques. Bientôt il sera à nouveau temps de trouver du travail.
PS : Nouvelles photos dans l’album Coral Coast, et une petite pensée pour nos ressortissants français qui grelottent à l’approche du Grand froid